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Sous le soleil du Sénégal, la tomate séchée

Quelle soit industrielle intervenant dans la fabrication de concentré, cerise ou grappe vouée principalement à l’exportation, maraîchère pour la consommation locale, sous différentes formes les tomates du Sénégal ont trouvé leurs marchés. Pourtant il en existe un autre type qui se fait beaucoup plus discret. La tomate séchée est en effet produite dans notre pays et exportée depuis l’année 2000. Les volumes sont certes encore modestes mais face à un marché européen qui explose une véritable opportunité existe pour les petits producteurs de tomate industrielle installée dans la région du Fleuve. Le soleil ne demande aussi qu’à briller pour eux.

Avec près de 55 000 tonnes et une valeur CIF de 80 millions d’euros en 2004, le marché européen de la tomate séchée a connu depuis les dernières années une croissance fulgurante s’élevant annuellement toutes origines confondues à 38% (22% pour les seules origines non européennes). L’accroissement de la production des pays de l’Europe a permis d’accompagner l’explosion de la demande et de satisfaire pour une large part les besoins actuels d’un marché européen absorbé à près de 60% par les Pays-Bas. Le Portugal, la Grèce et l’Espagne assurent aujourd’hui 66% des approvisionnements. Seuls 6% d’entre eux (3 200 tonnes en 2004) sont importés de pays d’Europe non continentale dont 34% de la Chine, 27% de la Tunisie et 25% d’Israël. Marquées par un pic de juillet à septembre, les importations sont relativement atomisées et étalées sur toute l’année. L’Italie (38%), le Royaume-Uni (23%), l’Allemagne (19%) et la France (14%) en sont les principaux destinataires. Au rythme soutenu de croissance enregistré, une offre non européenne plus importante pourrait facilement trouver preneur. Et si cette offre complémentaire provenait du Sénégal ?

Leader au Sénégal de la tomate industrielle dont la culture est pratiquement identique à celle de la tomate séchée, c’est tout naturellement la société SOCAS qui en 2000, dans le cadre d’un partenariat avec une société italienne, s’est essayée pour la première fois au produit. Lors de ce test sur le marché européen, les conditions de production et de séchage sont apparues idéales au Sénégal. Mais jusqu’à présent et malgré des volumes exportés qui sont passés de 22 tonnes en 2000 à 118 tonnes en 2004 (environ 1 180 tonnes de produits bruts), la part du Sénégal sur le marché de la tomate séchée ne représente encore que 4% des importations non européennes. Grand consommateur, l’Italie constitue actuellement le seul pays de destination du produit sénégalais. La marge de progression est donc importante non seulement en termes de volumes mais aussi en termes de pays à approvisionner. Les petits producteurs du Nord du Sénégal, partenaires de la SOCAS, pourraient tirer profit de cette réelle opportunité de diversification.

Les variétés testées avec succès au Sénégal et toujours utilisées sont des hybrides. Ces variétés sont destinées spécialement au séchage ou aux tomates pelées en raison de leur caractère allongé, volumineux et charnu. Ce sont surtout des variétés cultivées dans le sud de l’Italie avec des rendements atteignant 70 tonnes / hectare en moyenne sous nos latitudes. Sur le plan des compétences (technicité, maîtrise de la production, irrigation goutte à goutte), un certain nombre de petits producteurs sont aujourd’hui capables de répondre aux exigences que requièrent les variétés hybrides. Ils sont aussi prêts à en payer le coût d’entrée. Fort de l’expérience acquise avec la culture de la tomate industrielle, l’utilisation de semences de variétés hybrides par les petits producteurs est aujourd’hui bien admise. Gains de production et revenus accrus, ces deux facteurs ont suffit pour les convaincre de l’intérêt de telles semences dont le coût pouvait paraître dissuasif au départ. Ces avancées récentes font que bon nombre de producteurs de la région du Fleuve seraient aujourd’hui aptes à diversifier leur production vers la tomate séchée plus rémunératrice que la tomate industrielle (environ 50 F CFA / kg) comme c’est le cas en Italie (+ 20 à 25%). L’intérêt serait d’ailleurs encore plus grand pour ceux d’entre eux qui pratiqueraient les premières étapes de séchage, pouvant ainsi bénéficier du bénéfice de la transformation initiale.

Il faut toutefois admettre que le développement de la tomate séchée au Sénégal passera immanquablement par un bon encadrement technique lié notamment à l’exigence de qualité irréprochable du produit brut, aux techniques post-récolte de séchage en plein air au soleil et au processus de transformation. Il nécessitera également l’établissement de partenariats commerciaux avec des sociétés spécialisées européennes. Le futur programme PDMAS qui prévoit des investissements dans la zone du fleuve aura à y jouer un rôle déterminant. Maîtrise de l’approvisionnement en matière première, coûts du contenu technologique de séchage, maîtrise du coût de production et d’approche sur les marchés visés (le temps de transit a moins d’incidence sur la compétitivité pour des produits transformés non périssables que sur les produits frais), seront les principaux défis à relever Pour y parvenir, un accompagnement sera nécessaire en termes d’appui à des programmes tests de production, d’expédition et de commercialisation, à l’établissement de contrat de production petits producteurs / industriels. Finalement ce produit donnera une deuxième alternative aux petits producteurs par rapport à la tomate industrielle pratiquée en monoculture dans un contexte actuel difficile face à la situation concurrentielle qui semble s’installer dans l’industrie du concentré de tomate.

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