Le Sénégal aurait pu être représenté à la Conférence EUREPGAP de Madrid en septembre 2003. Ce ne fût pas le cas. Mais à l'initiative de Monsieur Ismaël Ouedraogo, Task Manager du PPEA, notre pays a eu le privilège d'accueillir, le chairman d' EUREPGAP en personne, Nigel Garbutt. Au cours de sa mission, Monsieur Garbutt a pu apprécier la situation sur l'application des Bonnes Pratiques Agricoles (BPA / GAP en anglais) et passer en revue les initiatives en cours visant à les améliorer. Grâce à de nombreuses rencontres multipartites, il a pu directement échanger avec les opérateurs privés et leurs partenaires institutionnels et recueillir les préoccupations de chacun.
Nigel Garbutt a fait une appréciation très positive du programme qualité du PPEA conduit sous l'égide du Comité National de la Qualité Intrinsèque et a souligné son approche ciblée et son orientation vers des actions immédiatement applicables basées sur le développement d'outils pratiques de formation. Il a notamment relevé une approche globale permettant la prise en compte des normes EUREPGAP mais aussi d'autres normes (HACCP, BRC, etc.). Ainsi, selon lui, le Référentiel Qualité Origine Sénégal pourrait faire l'objet d'une reconnaissance mutuelle avec EUREPGAP. L'implication forte du secteur privé et la volonté d'actions montrée par l'ensemble des acteurs y compris les institutionnels lui sont aussi apparues comme autant d'éléments déterminants dans la conduite du programme qualité du PPEA. En outre, Monsieur Garbutt a noté que les enjeux et défis dans le domaine de la qualité étaient bien connus de tous les producteurs/exportateurs concernés grâce notamment au mécanisme de communication IFLEX et Origine Sénégal mis en place par le PPEA permettant de dégager une image forte et reconnaissable, le label " Origine Sénégal ".
Au cours de sa mission, Nigel Garbutt a insisté davantage sur la nécessaire application des Bonnes Pratiques Agricoles (BPA) comme condition première, selon lui, d'accès aux marchés d'exportation plutôt que sur la certification EUREPGAP proprement dite. En effet, il a eu à observer des pratiques inacceptables voire dangereuses chez certains opérateurs du point de vue de la sécurité alimentaire.
" Ces pratiques constituent un danger pour l'Origine dans son ensemble et risquent de ternir son image. Il faut que d'urgence les opérateurs institutionnalisent les BPA (penser et agir BPA). C'est à cette seule condition que l'Origine Sénégal pourra se positionner sur d'autres marchés (Europe du Nord et Grande Bretagne) et pour d'autres créneaux à forte valeur ajoutée (pré-emballé). Le message des marchés d'Europe du Nord est clair et fort : appliquer ou disparaître ".
A noter que les opérateurs ont répondu positivement aux observations de Monsieur Garbutt malgré les défis posés. Au delà des appuis reçus dans le domaine de la qualité et pour véritablement appliquer les BPA, " les opérateurs devront opérer un véritable changement de mentalité et de comportement qui doit être répercuté à tous les niveaux de l'entreprise ", depuis les cadres techniques jusqu'aux ouvriers et petits planteurs. Selon Nigel Garbutt, " c'est le principal défi à relever car sinon tous les efforts consentis seront vains ". Les efforts à fournir ne concernent toutefois pas seulement le marché export. Sur le plan local, c'est aussi l'application des BPA qui permettra de protéger les consommateurs sénégalais trop souvent négligés. En d'autres termes, l'adoption des BPA n'est pas seulement une exigence imposée par et pour le Nord.
Contrairement aux idées reçues, Nigel Garbutt a confirmé que " l'application des BPA ne nécessite pas des investissements conséquents mais plutôt un changement de façon de travailler où les BPA deviennent une préoccupation constante et prioritaire et où l'engagement des opérateurs est primordial ". Cet engagement est d'autant plus nécessaire avec la réalisation en cours d'infrastructures post-récolte et d'expédition jugée pertinente et nécessaire dans le cadre de leur mise en conformité. En effet, pour Nigel Garbutt, " elles ne pourront jouer pleinement leur rôle que si en amont les opérateurs s'engagent appliquent les BPA au champ ". Cette constatation s'applique autant pour les infrastructures réalisées par l'Etat (PPEA) que par les privés eux-mêmes qui feraient alors des investissements à perte.
Le PPEA a montré son accord avec le chairman d'EUREPGAP mais a jugé nécessaire de clarifier certains aspects. D'abord, le design initial du PPEA, non axé sur la production, a évolué pour tenir compte du concept de " supply chain " (enchaînement des opérations de la production à la mise sur le marché) et a permis de tirer des leçons utiles dans le cadre du futur Agmarket (prévoir des formules alliant veille commerciale et technique, appuis techniques et encadrement de proximité). De plus, les efforts consentis ont été concentrés sur la mise en place d'éléments structurants (" building blocs ") de la " supply chain " et, dans le cadre du programme qualité, sur le développement d'outils pratiques et didactiques voués à aider à l'application des BPA (guide, fiches techniques, système de traçabilité, posters, etc.). Il apparaît donc aujourd'hui clairement qu'un programme spécifique d'accompagnement aux BPA est nécessaire pas uniquement pour les opérateurs mais aussi pour leurs équipes.
Sur ce dernier point, pour Nigel Garbutt, " tout ceci est une question de temps et de focus mais on se rend compte que c'est une priorité dont l'avenir de l'Origine dépendra ". L'idée développée par le PPEA de mettre en place un programme où de jeunes techniciens formés seraient mis à la disposition des opérateurs pour les aider à mettre en place un système de gestion basé sur les BPA va dans ce sens. Les opérateurs se sont quant à eux montrés favorables à une collaboration avec EUREPGAP à travers le développement d'un projet pilote pour mieux comprendre et résoudre les contraintes avec les petits producteurs. En fait Monsieur Garbutt a exprimé un grand intérêt pour une telle collaboration sur un programme d'encadrement des petits producteurs car il a constaté que la question de leur avenir est très préoccupante. " Si une solution n'est pas trouvée pour les intégrer dans un " supply chain " moderne avec respect des normes de type EUREPGAP (ou tout autre système similaire d'assurance qualité), des problèmes se poseront rapidement. En effet, les consommateurs, de plus en plus sensibles aux aspects sociaux, pourraient se retourner contre EurepGAP qui serait alors jugé comme responsable de la disparition de milliers de petits producteurs dans les pays en développement ".
Pour éviter cela, Monsieur Garbutt estime que " la formation de formateurs BPA est importante et qu'elle doit essentiellement se focaliser sur la capacité à induire des changements de comportement au niveau des producteurs pour qu'ils mettent en application les BPA ". En matière de formation, le principal constat est le manque de ressources techniques sur le plan international pour accompagner les opérateurs sur la voie de la certification EUREPGAP. La plupart des formateurs sont intégrés dans des structures privées (importateurs) et sont mis à la disposition des fournisseurs souhaitant se conformer. En ce qui concerne l'émergence d'une structure locale de certification, une approche graduelle a été préconisée : premièrement, former les formateurs qui pourraient accompagner les producteurs ; deuxièmement, via un partenariat avec une société privée (ex. Integra en Belgique), tisser des liens visant à développer les compétences locales et à disposer d'auditeurs certifiés ; enfin, troisièmement, une fois les deux premiers points remplis, favoriser l'établissement d'une structure locale ayant obtenu une accréditation ISO 65 lui permettant de délivrer la certification EUREPGAP.
Cette approche graduelle apparaît nécessaire dans la mesure où, au démarrage, le marché d'affaires serait restreint (dépend du nombre d'entreprises certifiées). Par contre, lorsque plusieurs entreprises auront été certifiées au Sénégal, un travail régulier apparaîtra car elles devront faire l'objet d'un audit chaque année justifiant alors l'existence d'auditeurs locaux pour faire ce travail.
Monsieur Garbutt a bouclé sa mission au Sénégal par la visite de l'entreprise SAFINA récemment certifiée EUREPGAP. Les propos du chef d'entreprise en constituent une bonne conclusion. Il a en effet confirmé que peu d'investissements additionnels étaient nécessaires pour l'application des BPA et au-delà, la certification. Il a toutefois précisé que les changements de comportements et dans la façon de travailler n'ont pas été faciles à réaliser. Finalement, l'impact de l'application des BPA est très positif car il permet une plus grande rigueur et transparence dans le travail et une meilleure organisation.
EUREPGAP en chiffres
La création en 1996 d'EUREPGAP est une réponse des professionnels de la grande distribution aux différents scandales sur la sécurité alimentaire en Europe, à leur médiatisation et au durcissement de la réglementation qui a suivi. EUREPGAP est aujourd'hui une organisation privée qui compte 200 distributeurs et 12 106 producteurs certifiés dans 38 pays du monde pour une superficie totale de 350 000 ha. Son comité exécutif est constitué à part égale des représentants de distributeurs et de producteurs. Le référentiel EUREPGAP est un système de certification tenant compte des principes de gestion intégrée des maladies (IPM) et des cultures (ICM). Il existe 31 organismes internationaux accrédités ISO 65 à délivrer cette certification. Depuis sa création, EUREPGAP vise à devenir un référentiel mondial pour harmoniser les Bonnes Pratiques Agricoles.
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